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"Les gens de Paris allaient, eux, dénicher, torturer ce qu’on souhaitait de condamnés. Puis on irait en foule de l’autre côté de l’eau assister au procès. On glapirait comme il convient si les magistrats hésitaient à confirmer cette culpabilité-là: avoir été arrêté. En régime d’inégalité, toute personne que la police a touchée est un bouc émissaire. Les flics ne s’en prennent jamais à n’importe qui: être accessible à eux, c’est déjà être coupable. On n’est innocent que lorsque le flic et le juge regardent, l’œil flou, à l’horizon, pendant que vous faites ce que votre fortune, votre notoriété, vos relations, votre âge, vous permettent. La liberté, la loi se vendent au plus offrant." Méditation d’Oriane (Bic rose) : au fond, ce que j’aime dans la littérature, plus que les histoires ou les fragments d’histoire qu’elle raconte, ce sont ces moments de lucidité des écrivains qui rendent évident, palpable, qui donnent forme à ce que l’on savait déjà. La littérature pour moi est l’incarnation d’une réflexion. C’est en cela qu’elle diffère de la philosophie trop abstraite ou du reportage trop collé à l’événement : vérité ET distance, inséparablement unis. L’actualité (Outreau…), mes souvenirs (Général Proust) confirment sans cesse cette réflexion : la police est l’instrumentalisation de fantasmes collectifs. C’est pourquoi elle est si redoutable car elle ne voit en chacun que la projection de ces images symboliques : si je ne mets pas ma ceinture, je suis déjà une dangereuse asociale et je n’ai pas le droit de contester mes PV parce que la contravention — même automatique, ce qui est le contraire de la notion même de justice qui doit toujours être contradictoire — est un marqueur collectif du territoire de ces fantasmes. Ne parlons pas d’actions plus graves…
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